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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 08:22

DAN SIMMONS : UN ECRIVAIN QUANTIQUE

En premier lieu, je tenais à partager avec vous mon émotion  quant à cette participation au palais littéraire musical et artistique qui, pour moi, revêt une importance particulière.

Parler devant les siens, est un challenge qu'il ne faut pas négliger et je me permets d'avoir une pensée aujourd'hui pour mon père Jean-François, secrétaire de la conférence du stage, dont la culture générale et l'intelligence ont toujours caractérisé  l’étoile lointaine qu'on sait ne pouvoir jamais atteindre bien que nous nous efforcions de continuer de progresser sur le chemin.

C'est le même sentiment que je ressens aujourd'hui devant vous chers amis du palais littéraire, car, pour partager vos travaux et vos conférences depuis plusieurs années je connais parfaitement l'étendue de vos connaissances, et la pertinence de votre jugement.

C'est pourquoi, aujourd'hui, je vais tenter de vous surprendre avec un auteur qui, s'il est mondialement reconnu et un des plus gros vendeurs de romans au monde, ne rencontre en France qu'un succès réservé à certains connaisseurs.

Mais parce que le palais littéraire est aussi musical, je vais ponctuer mon propos de quelques extraits musicaux.

Il n'y a pas de grande ou de petite musique, mais simplement de la bonne musique, classique… Ou pas. Alors de quels côtés allons-nous nous diriger, classique… Ou pas… Ou peut-être les deux.

AERODYNAMIC – DAFT PUNK 38’’

Pour commencer, et à l'instar de nombreux patronymes anglo-saxons, celui de Simmons ne brille pas par son originalité.

Daniel Simmons qui bien évidemment avec la manie anglo-saxonne du Nickname donne : Dan Simmons, il doit y en avoir des listes entières dans les annuaires téléphoniques américains si tant est que ceux-ci existent encore dans leur format papier.

Dan Simmons, c'est un peu comme Jacques Martin chez nous ou John Smith chez nos amis anglais.

Néanmoins, et parce que nous allons aborder la science-fiction, le patronyme de Smith n'est pas si innocent que cela et l'agent Smith rappellera beaucoup de choses aux admirateurs du film  Matrix.

Quoi qu'il en soit, tout le monde ne peut pas s'appeler Jean d'Ormesson ou François-René de Chateaubriand et Dan Simmons qui a préféré garder son nom d'origine, devra faire avec pour la notoriété, ce qui n'est certes pas un obstacle dans le monde anglo-saxon mais qui peut l'être en France.

Qu'on le dise tout de suite, Dan Simmons est l'un des grands maîtres incontestés de la science-fiction qui n'en connaît que quelques-uns universellement reconnus.

Avant que de les nommer penchons-nous quelques instants sur la notion même de science-fiction qui pourrait être définie comme une certaine histoire du futur.

Lorsqu'on est passionné d'histoire en général, de biographies mais aussi de romans historiques, on ne peut être qu'intéressé par ces histoires du futur qui nous laissent apparaître un potentiel probable voire possible.

La grande difficulté lorsque l'on doit élaborer et concevoir de grandes sagas qui vont se perpétuer sur plusieurs tomes c’est de garder une certaine cohérence et une unité sur toute la durée.

Comme le diraient mes enfants il ne faut pas que cela parte en sucette.

Le problème hélas c'est que la plupart du temps c'est bien ce qui arrive.

 

Au-delà des livres de référence et des grands auteurs à ouvrage quasi unique que sont notamment Aldous Huxley avec  «Le  meilleur des mondes » : « Brave New World », ou encore George Orwell avec « 1984 », la science-fiction se caractérise plutôt par des auteurs à livres multiples, et à univers complexes.

Les qualités artistiques sont parfois incontestablement présentes et personne ne pourra dénier à Jr. Tolkien et à son œuvre : «  Le seigneur des anneaux » la qualité d’œuvre littéraire incontestable, même si on s’approche plus dans ce cas d’un autre genre : l’Heroic Fantasy.

Plus vraisemblablement, Dan Simmons s'inscrit dans la filiation d'Issac Asimov : « Fondation », et de Frank Herbert : « Dune ».

Afin de mieux comprendre ce qui va suivre, je me dois de détailler un peu plus ces deux premiers piliers du genre que sont « Fondation » et « Dune ».

BACH SUITE ANGLAISES – ALLEMANDE 52’’

Dans le premier ouvrage du cycle de « Fondation », écrit par Asimov dans les années 1942-1944, nous nous retrouvons projetés 22 000 ans dans le futur à une époque où la terre a été, littéralement, perdue il y a 15 millénaires et où les hommes en ont oublié l'emplacement.

Un prédicateur, chantre de la psychohistoire, prédit statistiquement la chute du présent empire et 30 000 ans de barbarie.

Une seule solution se présente pour éviter le pire, créer une Fondation qui rassemblera en une encyclopédie, le savoir et les techniques de l'humanité.

Le but d'Asimov comme il le disait lui-même, était de rédiger « un roman historique du futur ».

Cette œuvre et l'ensemble de ses prolongements, a occupé plus de 40 ans de la vie d'Isaac Asimov.

Un mot sur la psychohistoire qui à partir des phénomènes sociaux et de la psychologie humaine, permettrait de prédire l'avenir en appliquant la méthode statistique.

Il n'échappera à personne, qu'Asimov a été influencé par l'ouvrage mondialement connu d’Edward GIBBON: « l'histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain ».

CONTROLLING CROWDS – ARCHIVE 50’’

« Dune », pour sa part, débuté en 1965 est une saga comportant cinq romans principaux comme Fondation.

Les thèmes centraux en sont l'écologie, la survie de l'espèce humaine, la religion, la politique et le pouvoir.

À l'instar de Huxley et de Wells, Frank Herbert dénonce les dangers du leadership, surtout lorsque celui qui l’incarne est charismatique, mais aussi les dangers de la bureaucratie.

Herbert prône une réflexion à long terme et une approche systémique.

Néanmoins, il s'intéresse aussi à la façon dont le langage influence la pensée, puis la conscience.

Frank Herbert ouvre enfin la porte à une réflexion sur l'intelligence artificielle qui comme chacun le sait est un thème important de toute réflexion prospective sur l'avenir qui a notamment hanté pendant de nombreuses années le génial réalisateur: Stanley Kubrick.

 

Puis-je me permettre de vous lire la litanie de la peur extrait de Dune : méthode d'autosuggestion pour vaincre l'angoisse.

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi

 

Avant que de vous parler maintenant de l'œuvre de Dan Simmons, qui nous le verrons d'ailleurs n'est pas que de science-fiction, je dois vous entreprendre liminairement, des théories de base du genre qui donnent d'ailleurs le nom à cette conférence à savoir la mécanique, la physique, et la philosophie quantique.

 

2001 STRAUSS- ZARATHOUSTRA 50 ‘’

 

Tout d'abord, et afin que nous soyons tous particulièrement à l'aise avec la matière je me permettrai de citer ce que l'on dit communément de celle-ci : « Si quelqu'un vous dit qu'il a compris la mécanique quantique, c'est que c'est un menteur ».

Essayons néanmoins.

En premier lieu le terme quantique renvoi au  quantum, donc à l'infiniment petit.

Si aujourd'hui aucun physicien ne peut prétendre qu'il y a une limite à l'infiniment grand, aucun non plus ne pourra nous démontrer, à ce jour, qu'il y a une limite à l'infiniment petit.


 

 

Les recherches passées ont d'abord cru qu'on devrait s'arrêter à l'atome puis nous somme passé à l'électron puis aux quarks et aux bossons sans pouvoir assurer, et même aujourd'hui on pense sincèrement le contraire, que nous ayons atteint la limite de l'infiniment petit.

Pas de limite de ce fait ni en haut ni en bas.

Plus étrange encore et quasiment impossible à concevoir, l'espace et le temps qui sont les deux mêmes faces d'une pièce comme le sont l'énergie et la masse, et  pour la physique quantique la particule et l’onde.

La théorie actuelle de création de l'univers est que nous sommes partis d'un point où tout était concentré qui aurait explosé permettant ainsi un univers en expansion à partir de ce fameux big-bang.

Cette explosion est donc le début du temps ce qui amène à définir qu'avant, le temps n’existait pas.

Plus compliqué encore à concevoir, deux théories s'affrontent quant au devenir de l'univers.

La première s'appelle le Big Freeze à savoir que l'univers ne disposant plus de la force initiale qui permettait son expansion, issue du Big Bang, se figerait une fois qu'il aurait atteint sa limite que néanmoins, et paradoxalement l'on peut aussi concevoir comme étant infinie.

La seconde théorie est celle du Big Crunch à savoir qu'une fois que l'univers aurait atteint son expansion maximale il reviendrait en arrière en se contractant pour revenir au point initial du big-bang…

Et pourquoi ne pas recommencer.

Ces théories n'ont rien de fantaisiste puisqu'elles proviennent toutes des observations dorénavant classiques que nous devons à Albert Einstein au début du XXe siècle.

La première théorie de la relativité et celle de la relativité restreinte (1905).

Albert Einstein a alors défini qu'une seule chose était absolue à savoir la vitesse de la lumière (C) : 300.000 Kms à la seconde.

Il a alors défini que la masse (M) et l'énergie (E) était les deux faces d'une même pièce donnant ainsi naissance à la formule la plus célèbre des mathématiques et de la physique que même un béotien comme moi connait à savoir : E=MC2.

Eurêka certes mais encore faut-il essayer de comprendre ce que cela signifie.

L'idée de base est que l'on peut convertir la masse en énergie et vice versa.

À la vitesse de la lumière le temps se contracte et la masse augmente.

L’énergie quant à elle résulte de la masse multiplié par la vitesse de la lumière au carré, qui, si mes calculs ne sont pas totalement faux, approche des 90 Milliards de kilomètre à la seconde.

Alors me direz-vous comment se fait-il que la lumière puisse se propager.

La réponse est que la lumière se compose de photons qui sont des particules sans masse.

Par la suite Einstein a développé une seconde théorie de la relativité appelée relativité générale (1915)

L'idée de base est que l'espace est courbe et que les objets distordent l'espace et le temps autour d’eux.

Dans l'univers, plus un objet a de masse et plus le temps sera lent prêt de lui.

Ajoutez à ceci que plus un objet à de masse et plus il attire autour de lui par la force première de l'univers qui est celle de la gravité et vous aurez saisi que les deux forces qui propulsent dans l'infini l'univers sont l'énergie initiale du big-bang, que l'on date de 15 milliards d'années, et l'effet contraire de la gravité, ce qui laisserait supposer que lorsque l'énergie s'arrêtera par l'effet de la gravité la théorie du Big Crunch serait la plus vraisemblable.

Voilà pour la physique dite classique.

Tentons maintenant d'aborder la physique quantique.

DARE  - GORILLAZ 37’’

Comme je vous l'ai dit il y a maintenant quelques minutes, celle-ci se compose de paradoxes que premièrement l'on ne peut pas aujourd'hui, en l'état de nos connaissances expliquer mais encore, comprendre.

L'on se retrouve confronté à une sorte de Yin Yang physique qui se compose de la particule et de l'onde.

L'on peut déterminer la position d'une particule mais aucunement en même temps sa vitesse et vice versa, il s'agit du premier principe dit d'incertitude.

En outre l'observateur semble jouer un rôle déterminant qui lui permettrait d'influencer la réaction de la particule.

Ainsi un électron peut se trouver en deux endroits à la fois dans l'univers tant qu'il n'est pas observé, il s'agit de la théorie probabiliste.


 

Ceci permet donc d'envisager la possibilité de mondes parallèles, concomitants, ce qui donne une des bases de la science-fiction, impossible néanmoins  selon les limites de déplacement dans l'univers fixées par Einstein, à savoir le déplacement dans des failles espace-temps ou la perméabilité entre plusieurs mondes parallèles.

Vous l'aurez compris, peut-être comme des précurseurs les auteurs de science-fiction ne s'interdisent pas grand-chose et essayent tous de donner leur solution ou leur interprétation aux trois grandes questions métaphysiques que semble-t-il personne ne pourra jamais démontrer, ou prouver, à savoir : Dieu la liberté et l'immortalité.

Il y a déjà longtemps un philosophe avait écrit dans un ouvrage célèbre que ces trois questions étaient les limites de la science, il s'agit d'Emmanuel Kant, qui n’a cependant rien à voir de près ou de loin avec les théories quantiques, dans : « La critique de la raison pure ».

Alors voilà, très rapidement trop bien sûr, brossé le tableau de départ de l'œuvre de Dan Simmons.

THIS NOT AMERICA – BOWIE 30’’

Nous allons découvrir un écrivain américain domicilié dans le Colorado, bien loin de New York et du microcosme littéraire qu'il affectionne très peu, et personnellement je ne lui jetterai pas la pierre tant, si  j'ai de l'affection pour Philip Roth, je n'ai quasiment jamais rien compris à Paul Auster.

Dan Simmons commence à travailler dans le secteur de l'éducation en qualité de professeur de littérature, avant de se faire connaître par sa première nouvelle : « le Styx coule à l'envers ».

Puis ce sera le cycle d’Hypérion dont nous allons bien évidemment parler.

Il enchaîne par la suite dans des genres très différents : héroic fantasy, romans policiers, littérature classique.

Dans une interview il déclarait : « Je crois que beaucoup trop d'intellectuels perdent leur temps à ériger des murs autour d'un art vivant parce que, à leurs yeux cette forme d'art n'est pas sérieuse, on parle de littérature de genre comme la science-fiction, les graphics novels, ou encore de nouveaux styles musicaux.

Ceux qui gâchent leur énergie à construire des murs pour séparer et ghettoiser une quelconque forme d'expression artistique finissent inéluctablement à Berlin-Est où ils vivent dans un monde gris, sans espoir, sans vie, réglementé, alors qu'il y a plein de lumière et une super musique de l'autre côté.

J'adore aller en France pour un tas de raisons égoïstes : la nourriture, les amis, Paris, les vins mais l'une des raisons principales c'est qu’ici, dans la presse et dans les interviews, on parle de mes livres en eux-mêmes avec l'idée qu'il est bien possible que tout cela soit très intéressant… »

Alors commençons !

 

 

CONFUTATIS – MOZART REQUIEM  7/14  - 49’’


 

LES CANTOS D’HYPERION

La première œuvre de référence de Dan Simmons est la saga en quatre volumes connue sous le nom de « Cantos d’hyperion ».

Il s’agit d’une sorte de Space opéra comparable en beaucoup de points à ce que sera au cinéma « La guerre des étoiles », et où vont se mêler comme le nom le laisse supposer, des éléments mythologiques.

Cette saga se compose du premier tome « Hypérion », auquel succède « la chute d’Hypérion », puis « Endymion » et enfin « L’éveil d’endymion ».

Les titres de ces différents volumes sont indéniablement inspirés des poèmes de John Keats que l’on retrouve à plusieurs reprises en filigrane.

Rappelons aussi qu’Hypérion dans la mythologie est l’un des titans associés au soleil.

Dans un futur lointain, et alors que l’ensemble des planètes habitables colonisées par l’homme, connu sous le nom d’hégémonie, doit faire face à la menace de rebelles humains connus sous le nom d’Extros, sept, et bien évidemment ce chiffre n’est pas innocent, sept pèlerins, donc, doivent se rendre sur la planète Hyperion afin d’être confronté à un monstre de métal invulnérable connu sous le nom de Gritche, étant précisé que selon la légende six seront sacrifiés et un seul survivra : l’élu.

Néanmoins, le lecteur va apprendre que tous, d’une façon ou d’une autre, sont liés au Gritche, à la fois démon et rédempteur.

C’est donc tant à leur voyage initiatique que  matériel et intérieur que nous allons assister.

Il faut dire qu’en ces temps lointains l’humanité a dû faire face à une erreur scientifique créant le premier trou noir ayant détruit la terre et obligeant l’humanité à s’exporter sur d’autres planètes habitables, période connue sous le nom d’Hégire.

Pour sa part, la présidente de l’hégémonie habite une résidence officielle construite en forme d’étoile de David et dans laquelle se trouve un très renommé jardin à la française : le parc aux daims..

Dans ce monde, on voyage par un système de téléportation qui permet des déplacements instantanés entre deux points de l’univers munis de portes de passages.

Bien évidemment, puisque maintenant vous êtes informés des règles en la matière, lors de ces voyages, les lois de la relativité occasionnent un déficit temporel, un voyage de quelques mois pouvant créer un décalage de plusieurs années.

Mais on peut aussi se transporter grâce à des vaisseaux spatiaux munis de moteurs à propulsion Hawking, et aussi à l’aide de glisseurs, de dirigeables, de tapis volants, de chariots à vent, ou encore de barges nautiques tractées par des raies mantas…

Les planètes sont reliées entre elles par un réseau de communication dénommé infosphère, sur lequel chaque citoyen à l’aide d’un persoc peut se brancher et avoir accès à toutes les informations possibles et imaginables.

Il convient ici de préciser que la publication du premier tome a été effectuée en 1989, soit bien avant les développements commerciaux d’Internet.

Ce gigantesque système est contrôlé par une intelligence artificielle dénommée IA.

Les hégémoniens les plus favorisés construisent des propriétés dont chaque pièce est reliée par un portail de téléportation permettant ainsi, et instantanément de passer d’une planète à une autre au sein du même appartement.

La médecine a fait de tels progrès que la plupart des maladies graves ont été éradiquées et de plus, l’on peut bénéficier de cure de rajeunissement.

La consommation d’alcool et son abus sont possibles grâce à l’invention de la pilule du lendemain qui efface tout effet négatif, immédiatement.

Les soldats de l’hégémonie sont dotés d’armures souples qui se rigidifient en cas de choc et sont surtout équipées d’un Medipac qui soigne directement et automatiquement le soldat blessé.

En ce qui concerne la religion et après la grande erreur ayant détruit la terre, le christianisme a dû céder à une religion ésotérique et zen sans prosélytisme.

Il faut néanmoins mentionner l’existence des templiers dont le chef spirituel est : « la voix authentique de l’arbre monde »

Néanmoins, l’église catholique qui  existe encore est dirigée par le pape Teilhard premier, 487ème évêque de Rome qui réside en la basilique Saint-Pierre, démontée pierre par pierre et reconstruite sur la planète Pacem.

Vous l’aurez bien compris, nous voici dans un univers romanesque foisonnant d’invention et d’ingéniosité pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Cette saga va se poursuivre durant les quatre tomes et livrera aux lecteurs passionnés son dénouement dans le réveil d’Endymion, vous savez, ce jeune berger grec Roi d’Elide et amant de la déesse de la Lune, Séléné qui obtiendra pour lui, des Dieux, la jeunesse éternelle.

L’on n’oubliera pas, la structure éminemment littéraire de cette œuvre qui s’inspire comme son nom l’indique (Cantos d’Hypérion) des contes de Canterbury écrit par Geoffrey Chaucer.

Cette œuvre qui a contribué à la naissance d’un genre littéraire, se compose de plusieurs histoires qui s’inscrivent toutes dans un cadre plus général et qui sont racontées en vers par chaque pèlerin faisant route vers Canterbury au 14 ème siècle.

Alors, sommes-nous vraiment dans la science-fiction, ou tout simplement dans l’anticipation, voire le futur très, très proche.

Reprenons les thèmes forts de cette œuvre.

Premièrement, la destruction de la terre. Si aujourd’hui la menace semble s’éloigner, n’oublions pas qu’il y a encore quelques dizaines d’années, au moment de la guerre froide, l’on avait, par les différentes bombes atomiques et à neutrons, la possibilité de faire sauter plusieurs fois la terre.

En second lieu, la téléportation. Aujourd’hui il ne vous échappera pas que nous sommes très proches d’une technique fiable, et qui sera, sûrement bientôt développée commercialement, de l’hologramme ; vous vous rappelez, l’apparition en 3D de la princesse Leia dans « la guerre des étoiles ».

De la même manière comment ne pas être subjugué par les nouvelles imprimantes 3D qui permettent de  reconstituer, dès maintenant, n’importe quel objet à partir d’une image.

Troisième point, l’intelligence artificielle. Comment ne pas donner crédit à la science qui nous explique que le développement de celle-ci est exponentiel et que bientôt cette intelligence artificielle dépassera les capacités humaines. On en veut ailleurs pour simple démonstration, anecdotique certes, le fait que dorénavant le champion du monde du jeu d’échecs est une machine : Deep Blue…

Enfin, les progrès de la médecine et la jeunesse éternelle.

N’est-ce pas ce que l’on nous propose aujourd’hui avec des gamins de 80 ans disposant de la majeure partie de leurs capacités physiques et intellectuelles.

OFFENBACH – LA BELLE HELENE 45’’

 

ILIUM ET OLYMPOS

 

Un peu dans la même veine, mais 20 ans après puisque le premier tome « Ilium » paraît en 2004 alors que le second « Olympos » sera publié en 2006, on trouve cette variation assez brillante sur la guerre de Troie.

Ilium ou Ilion, et ce n’est sûrement pas à vous que je vais l’apprendre, est l’un des noms antiques de la ville de Troie, éponyme de la guerre bien connue et chantée par Homère, peut-être l’un des premiers romans de l’histoire de l’humanité.

Cette fois-ci, ce n’est pas tant l’univers de Keats que nous allons rencontrer et visiter, mais plutôt celui de Shakespeare et notamment de « La tempête » mais aussi de Marcel Proust et de « A la recherche du temps perdu ».

Dans le premier tome, « Ilium », l’on apprend que la terre est dorénavant contrôlée quasi exclusivement par une nouvelle sorte d’humains : les Posthumains.

Ceux-ci sont pourvus d’une technologie particulièrement performante dans le domaine de la physique quantique et habitent dans des refuges spatiaux.

Ils ont décidé, néanmoins, de repeupler la terre d’humains à l’ancienne en leur offrant une vie limitée à 100 ans pendant laquelle ils n’auront à craindre, ni les blessures, ni les maladies, ni la mort grâce à la technologie dispensée par leurs robots serviteurs.

Si ces humains mènent une vie facile, remplie de fêtes et de jouissances, ils n’en ont pas moins perdu rapidement toute technique, connaissance et culture.

Les robots pour leurs parts, livrés à eux-mêmes, ont élaboré une culture propre et une passion exacerbée pour l’étude littéraire et notamment la comparaison des œuvres de Shakespeare et de Proust.

D’autre part, il a été créé une terre antique sur laquelle se déroule depuis neuf ans, et à l’identique, la guerre de Troie.

Les dieux qui influencent la bataille, sont bien évidemment les posthumains qui, chacun, ont choisi leurs camps : achéens ou troyens, et qui influencent les combats grâce à leurs pouvoir divins notamment de téléportation, de chars volant à chevaux holographiques et à leur capacité de changer de formes et de tailles.

Néanmoins et à fin d’assurer une certaine équité, les règles du jeu sont contrôlées par des scoliastes qui doivent surveiller scrupuleusement le respect du texte antique d’Homère et éviter tout écart.

L’on retrouve dans cette œuvre non seulement des influences de « La tempête » de Shakespeare puisque les principaux personnages se nomment Caliban, Miranda, Sycorax, ou Prospero, mais aussi de « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust ou encore de « Ada ou l’ardeur » de Vladimir Nabokov dont Ilium reprend pour ses personnages centraux, les noms d’ Ada et de Daeman,  héros féru de l’étude des papillons, comme l’était Nabokov lui-même.

 

TECHNOLOGY – DAFT PUNK 1’10’’


 

OLYMPOS

Dans ce second Opus, nous retrouvons les Troyens et les Grecs qui se sont associés pour combattre les dieux qui habitent sur le mont Olympos de la planète mars.

Cependant et concomitamment, les humains à l’ancienne, oisifs et jouisseurs, sont décimés par des créatures mécaniques qui, cependant les avaient servis et assistés pendant des siècles.

Leur survie sera peut-être  dû à d’autres entités mi- organiques,  mi- mécaniques qui accourent des lunes de Jupiter pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore.

La clef de l’énigme, et de l’histoire, se trouve indéniablement dans la tentative de compréhension des manipulations quantiques qui menacent l’équilibre du système solaire et de l’univers lui-même.

Comme dans le cycle d’Hypérion où le rédempteur était un personnage mythique en l’occurrence Enée, dans le cycle Illium/Olympos  celui qui sauvera l’humanité pourrait être Odysseus, appelé aussi Ulysse, ou encore du nom de : Personne, bien entendu.

 

On peut parfois se sentir un peu éloigné de l’œuvre originelle qui a inspiré tellement de variantes comme récemment l’excellent              « Homère Iliade » d’Allesandro Baricco mais néanmoins, cette réécriture de l’œuvre de l’aède aveugle peut suggérer quelles hypothèses  théoriques sur l’influence des « Dieux antiques », ce qu’ils auraient pu être et comment ils auraient pu jouer avec leurs pions humains, un peu comme sur un échiquier…

C’est cette idée que l’on retrouve dans l’œuvre suivante de Dan Simmons, un roman policier du nom de : « L’échiquier du mal ».

SYMPATHY FOR THE DEVIL – STONES 1’40’’

What’s  puzzling you, is the nature of my game ?

L’ECHIQUIER DU MAL

 

Honnêtement, lorsque l’on voit la qualité pitoyable de certains films actuels, au scénario improbable, répétitif et sans imagination, on peut légitimement se demander pourquoi ce roman fantastique et policier de 1989 n’a jamais été porté à l’écran.

On retrouve là encore un des grands thèmes abordé par Dan Simmons à savoir la souffrance et sa vertu rédemptrice et salvatrice.

De fait, le titre anglo-saxon de « L'échiquier du mal » est : « Carrion Comfort » tiré d'un poème écrit à la fin du XIXe siècle par un poète britannique et jésuite et qui pourrait être traduit en français par : putride réconfort.

À l'instar de ce poète, le héros juif de ce roman, Saul Laski, doit résister au gouffre de désespoir profond et sans avenir qui s'offre à lui depuis qu'il s'est trouvé confronté durant la seconde guerre mondiale au « Talent ».

Qu'en est-il ?

Le jeune héros du roman alors qu'il est prisonnier du camp d'extermination de Chelmno se retrouve à devoir participer à une partie d'échecs entre deux officiers SS, mais  en qualité de pion humain et vivant.

La particularité de cette partie est que lorsque les pions et autres pièces de l'échiquier sont pris, ils sont tués et que, en outre, le déplacement de ceux-ci sur l'échiquier se fait par l'intermédiaire du pouvoir psychique appartenant aux deux tortionnaires : le talent.

Le jeune Saul qui en réchappe par miracle n'aura de cesse de poursuivre l'un des deux colonels SS que nous connaîtrons durant le roman sous le nom de : l’Oberst.

Ce n'est que dans le cours des années 1980 qu'une série de meurtres inexpliqués, comme ceux qui aujourd'hui agitent l'Amérique, de Columbine à Newtown, laisse présumer aux héros du roman que peut-être, certains détenteurs du talent ressurgissent.

Très rapidement Saul Laski prend conscience que les détenteurs du talent ont décidé de jouer une partie d'échecs grandeur nature, comme lors de la seconde guerre mondiale, non plus sur un plateau de jeu, mais sur le territoire des États-Unis en s'insinuant dans le cerveau de certaines personnes afin de les contraindre à effectuer des  actes irrationnels et meurtriers.

Saul Laski va se trouver une nouvelle fois confronté au mal absolu, à savoir le degré zéro de conscience, caractérisé par l'Oberst qu'il a retrouvé et qui va le contraindre, 40 ans après, à rejouer une partie d'échecs comme celle du camp d'extermination de Chelmno…

Pour se protéger du talent, Saul Laski a mémorisé, patiemment et durant de longs mois, la vie de plusieurs centaines de juifs déportés créant ainsi un mur psychique qui empêche l'Oberst d'accéder à son propre cerveau.

Ce roman est l'occasion pour Dan Simmons de dénoncer toutes les formes de manipulations psychiques qu'elles soient dues à l'appât du gain, à la méchanceté, au désir de pouvoir, sexuel, politique ou autres.

À l'occasion de la sortie de ce livre le plus grand des auteurs américains de romans policiers, Stephen King, prétendra que Dan Simmons était dorénavant son concurrent littéraire le plus dangereux.

L'on retrouve aussi dans ce roman policier la structuration via le jeu d'échecs qui est un des thèmes constants de la littérature qui va de Stefan Zweig et son « joueur d'échecs » à Vladimir Nabokov, encore avec la « défense Loujine ».

 

L'ultime partie d'échecs qui opposent Saul Laski aux colonel SS, n’est pas sans rappeler, dans son déroulement, l'un des matchs les plus célèbres des échecs qui eut lieu en 1972, entre l'Américain Bobby Fischer et le russe Boris Spassky dans les sombres heures de la guerre froide.

L'on se souvient tous que durant cette partie,  toutes les tensions de la planète entière semblaient être concentrées sur un simple plateau de 64 cases et que, le vainqueur final  l'Américain Fischer ne put éviter de sombrer dans une certaine folie et ce malgré son génie, qui l’amena d'ailleurs à ne jamais défendre le titre de champion du monde qu'il venait de conquérir.

« L'échiquier du mal » est aussi, et surtout peut-être, l'occasion pour l'auteur de brosser un portrait à charge de l'Amérique des années 80 avec son racisme méridional endémique, l'immigration clandestine à la frontière mexicaine, la guerre des gangs dans les banlieues des grandes villes ou encore une mentalité réactionnaire et rétrograde.

Sans concessions, c'est un regard fortement désespéré et désabusé que Dan Simmons jetait alors sur son pays auquel il ne prédisait pas grand avenir.

Comme a pu le relever un commentateur, les personnages malfaisants de l'échiquier du mal appartiennent tous à une élite soit financière soit politique soit de naissance qui ne trouvent plus d'excitation que dans la destruction de leur prochain.

L'on ne peut s'empêcher de ce fait de d trouver des similitudes avec des œuvres littéraires classiques telles que « les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos ou l'ensemble des ouvrages du Marquis de Sade.

 

MOBY DICK – LED ZEPPELIN 30’’

 

TERREUR

Vous avez peut-être reconnu,  à tout le moins  ceux qui ont une culture Hard Rock , ce qui n’est pas donné à tout le monde, Moby Dick du groupe Led Zeppelin.

Avec « Terreu r » qui se déroule dans le Grand Nord canadien c’est à la peur blanche incarnée non pas par une baleine, mais par un ours polaire que cette fois-ci, les protagonistes de ce roman à base incontestablement historique vont se trouver confrontés.

En effet, cet ouvrage revisite l'expédition maritime de Sir Franklin qui appareilla d'Angleterre en 1845 avec deux navires, les HMS Terror et Erébus.

Cette expédition avait pour vocation, après plusieurs échecs, de découvrir enfin le passage du Nord-Ouest, au-dessus du Canada qui, croyait le-t-on, permettrait une voie maritime plus rapide vers l'Asie.

Inexorablement, les deux navires vont se trouver bloqués dans les glaces et bien que nous soyons en pleine nature et dans un espace infini c'est à un véritable huis clos que nous allons assister, fait de privations alimentaires, de mutineries et d’attaques incompréhensibles  au cours des longs mois de ténèbres arctiques.

Ajoutez à ceci les attaques sournoises et imprévues d'une mystérieuse créature blanche qui n'est pas sans rappeler la créature ambiguë, connue sous le nom de Gritche et dont je vous ai déjà entretenu dans le cycle d’Hypérion.

Le talent de l'auteur est ici à son sommet car vous l'aurez bien compris avec cet environnement et cette intrigue minimaliste on se demande bien comment l'on pourra se trouver passionné durant toute la lecture de ce roman conséquent.

Néanmoins tel est le cas ce qui démontre la maturité de Dan Simmons.

Ce roman est aussi l'occasion pour Dan Simmons de dénoncer, à chaque moment de son évolution, la vanité de l'homme qui, dans le cas d'espèce, à cru pouvoir imaginer que les seules modifications aux bateaux par l'ajout d'une machinerie à vapeur permettraient de combattre et de vaincre la nature dans ce qu'elle a de plus hostile :  le froid, la glace, et sa blancheur impitoyable.

Des 129 marins partis la fleur au fusil pour trouver le passage du Nord-Ouest pas un ne reviendra.

Grâce à l'acharnement de la veuve de Sir Franklin,  l'on retrouva par la suite quelques traces humaines, comme deux ou trois tombes, un vieux canot et quelques corps dont l'expertise révélera une concentration anormalement élevée… de plomb.

Il semblerait, ce qui était une nouveauté à l'époque, que les conserves de produits frais embarqués dans l'expédition aient été de mauvaise qualité ce qui aurait entraîné du saturnisme au sein de l'équipage, maladie caractérisée par des accès de folie.

Les marins eurent donc le choix , pourrions-nous dire, entre une mort due à une nature impitoyable et intransigeante ou à un décès occasionné par un développement industriel mal maîtrisé provoquant un grand empoissonnement  qui n'est pas sans rappeler le déclin de l'empire romain dû selon toute vraisemblance à l'étain.

 

HECTOR BERLIOZ – REQUIEM 46’’

 

 

 

 

 

DROOD

Hector Berlioz est le compositeur dont la vie est la plus proche dans le temps de celle de Charles Dickens dont nous allons maintenant parler avec le roman : Drood..

Le choix du requiem n'est pas non plus innocent puisque c'est  à une longue descente aux enfers dans la vie du plus grand romancier anglais du 19 ème siècle que nous allons assister.

Pour ceux qui s'en souviennent peut-être, le mystère d’Edwin Drood est le roman inachevé que laissa derrière lui Charles Dickens décédé prématurément à l'âge de 58 ans.

Cinq ans avant ce décès, jour pour jour, soit le 9 juin 1865, Charles Dickens échappe à un accident de train par miracle puisque tous les autres  wagons que le sien s'écrasèrent en contrebas d'un pont.

Par la suite celui qu'on surnommait à l'époque « le plus grand écrivain du monde » ne trouva plus de répit mental obsédé, et c'est le thème de ce livre, par la présence maléfique d'un personnage lors de cet accident, le mystérieux Drood qu'il ne va cesser de traquer dans le Londres revisité par Dan Simmons, celui du Fog et de Jack l'éventreur.

Nous allons donc tant avec Dickens qu'avec son ami, l'écrivain Wilkie Collins écrasé par le génie et le talent du maître et dont la postérité ne va garder que quelques romans, descendre dans les bas-fonds londoniens pour y assister à des rites occultes, au son de musiques exotiques et dans l'air enfumé par les pipes d'opium.

De Drood il en sera question bien évidemment mais de là à le retrouver…

Le réalisateur et producteur de films, Guillermo Del Toro a pu décrire ce roman comme : « Un voyage éblouissant dans un inextricable dédale à la lueur des becs de gaz et un portrait ténébreux des Minotaure tourmentés qui vivent dans le Londres souterrain».

 

MONEY –PINK FLOYD 45’’

 

Vous aurez peut-être reconnu Money des Pink Floyd.

Eh bien oui, Dan Simmons ne déroge pas à la règle et comme tous ses confrères, non seulement il n’est pas forcément performant tout le temps, mais encore, une production peut-être un peu disproportionnée peut faire penser à une certaine pression médiatico-financière qui l’obligerait à publier quasiment chaque année.

On rencontre, plus que chez nous, ce phénomène chez les auteurs anglo-saxons et on  peut apprécier par exemple le Dan Brown de « Da Vinci Code » mais pas forcément celui de ses autres ouvrages.

Pareil en ce qui concerne le John Irving du « Monde selon Garp » bien supérieur au reste de sa production.

Ou encore, le Gallois Ken Follett, qui n’a pas commis que des chefs-d’œuvre du genre : « les piliers de la terre » ou « le siècle ».

Même si l’on peut avoir une méticulosité quasi religieuse avec les livres il n’en reste pas moins, quand ceux-ci sont mauvais, qu’un vol plané, définitif, au milieu de la pièce de lecture s’impose.

Tel n’est pas exactement le cas pour « Flashback »comme cela le fut pour « Les forbans de Cuba » sensé nous intéresser, en pure perte, à un Ernest Hemingway espion à La Havane.

 

SANTA MARIA – GOTAN  PROJECT 48’’

 


 

FLASHBACK

La veine serait-elle tarie, ou Dan Simmons aurait-il besoin d'un peu plus de recul ?

En effet, alors qu'avec  Terreur et Drood l'auteur nous avait habitué, à l'érudition, au souci du détail et à la subtilité, avec « flashback » nous retombons, non pas sur un ouvrage médiocre, mais de toute évidence sur un livre commun qui ne porte que très peu la patte de Dan Simmons.

S'il est vrai que durant toute son œuvre Dan Simmons a conçu des ouvrages puissants, surprenants, et dénués de tout manichéisme, avec un souci évident de  grandiloquence et de sublime, « flashback » qui est le nom d’une drogue permettant de revivre le passé, de toute évidence est un ouvrage de transition dans la carrière de l'auteur.

Si bien évidemment, le personnage classique du flic déjanté et en rupture de ban qu'affectionnent notamment Grangé ou Dantec, pour ne parler que des auteurs français, attire immédiatement la sympathie, il n'en reste pas moins que l'on éprouve quelques difficultés à se passionner pour son itinéraire.

Mais un ouvrage moyen peut être aussi intéressant et intrigant qu'un chef-d’œuvre tant on se demande pourquoi l'on continue sa lecture si ce n'est du fait des qualités intrinsèques de l'auteur, dont notamment son style indéniable et sa science de la construction d'un récit, le fameux page turner américain.

Et pourtant, nous retrouvons ici le républicanisme américain le moins intéressant dans sa version néoconservateur.

Les soldats américains sont obligés d'aller faire la guerre en Chine puisqu'ils ne sont plus maîtres du monde celui-ci étant dirigé dorénavant par le califat global.

L'on peut craindre d'y voir un message du genre :  «  Faites attention si vous ne prenez pas les mesures nécessaires aujourd'hui c'est évidemment ce qui arrivera demain et les États-Unis n'existeront plus ».

L'on est bien loin de l'écrivain capable à l'instar des grands maîtres de la science-fiction de concevoir des systèmes politiques complexes et cohérents, au niveau de la galaxie dans son ensemble.

 

CHAINED - THE XX 51’’

On peut s'en apercevoir, au fil du temps, même si dans sa production littéraire il reste de l'étrange et du mystère, que Dan Simmons s'est éloigné de ce qu'il a pourtant défendu pendant de nombreuses années : les Théories  Quantiques.

Ou dit autrement une philosophie autre, possible, encore inimaginable aujourd'hui simplement parce que l'on ne comprend pas, mais encore parce que l'on ne sait pas ce que l'on ne comprend pas.

L’étonnant écrivain portugais Rodrigues Dos Santos l'a parfaitement décrit dans son récent best-seller dont vous avez peut-être entendu parler : « La formule de Dieu ».

On y découvre une philosophie quantique, non seulement de la création de l'univers mais aussi et surtout, de son présent, et de son futur.

On y apprend que contrairement à ce qu'on pense, les mythes fondateurs des grandes religions ne sont peut-être pas si éloignés de la vérité scientifique.

Pour exemple, la mythologie Hindoue attribue la création de l'univers au maître de la danse : Shiva.

Lorsque Shiva entama sa danse au milieu d'un anneau de feu, la matière était inerte puis celle-ci se mit à pulser au rythme du maître de la danse créant l'univers tel… Un big-bang !

Les textes sacrés rapportent que l'espace forma le premier stade d'un univers en expansion duquel surgit l'énergie et la matière : E=MC2 !

L'univers continuera son incessante expansion jusqu'à ce que Shiva exécute sa terrible danse de la destruction : le Big Crunch !

Vous voulez un autre exemple alors accrochez-vous bien.

Ce n'est pas à vous que je vais apprendre que dans la Genèse comme chacun le sait l'univers a été conçu en six jours.

Vous vous rappelez peut-être l’âge de l'univers que j'ai mentionné plus haut soit 15 milliards d'années.

Vous vous rappelez, sûrement aussi, attentifs que vous êtes, que plus on s'approche d'une masse importante et plus le temps est lent, d’où à l'origine de l'univers, là où tout était concentré, un temps très, très lent.

Or, et cela est démontré scientifiquement, le premier jour de l'univers rapporté à la masse entière ce celui-ci, dans son entité, dura : 8 milliards d'années, le deuxième 4 milliard, le troisième 2 milliards, le quatrième 1 milliard, le cinquième 500 millions, et le sixième 250 millions, soit au total et selon la Bible elle-même : 15 milliards d'années !

Plus encore : pendant le premier jour de 8 milliards d'années, la Genèse nous dit que furent créés le ciel et la terre or c'est pendant cette période que se sont formées les étoiles et les galaxies.

Le deuxième de 4 milliards d'années c'est le firmament or c'est la période de la création de notre galaxie, la Voie lactée et notre soleil.

Le troisième de 2 milliards, la terre, la mer, les plantes or l'on sait aujourd'hui que c'est la période de l'apparition de l’eau sur terre.

Le quatrième de 1 milliard, les lumières du firmament : soleil, étoiles lunes or c'est à ce moment que l'atmosphère de la terre est devenue transparente permettant… de les voir.

Le cinquième de 500 millions, que les eaux grouillent et que les oiseaux volent or c'est la période des premiers animaux multicellulaires.

Et nous voici enfin au sixième jour qui commence il y a 250 millions d'années : « faisons l'homme ». Or il y a 250 millions d'années c'est la grande extinction des premières espèces vivantes et l'apparition des actuels, dont à la fin de la chaîne, l'homme.

D'autres exemples, vous le savez peut-être l'univers n'est pas silencieux il existe un bruit résiduel, originel, issu du big-bang.

Une sorte de bruits diffus, sourd, peut-être le « Om » bouddhiste dont les adeptes ne feraient ainsi que se mettre en phase avec la musique de l'univers.

 

CLOUD OF UNKNOWING – GORILLAZ 50’’

Ce qui est sûr, et ce que doit éveiller en nous la philosophie quantique, c'est le goût de la réflexion autre, différente, paradigmique.

Pourquoi tenter, avec la physique classique d'expliquer l'univers comme on le ferait de n'importe quel œuvre littéraire en disant qu'elle se compose de papier, d’encre et de caractères alors qu'en fait c'est l'essence même d’un livre qu'on essaie de définir.

Une œuvre unique et exceptionnelle ne peut en aucune façon se résumer à ce qui la compose.

Il convient donc de rechercher, et le quantique nous y invite, le sens de l'univers et de ce qui est derrière.

Il convient d'être humble et d'accepter les acquis actuels avant ceux, insoupçonnés de demain de la physique, de la mécanique, et de la philosophie quantique.

1. Le principe d'incertitude. Bien qu'il soit démontré que le comportement des microparticules est déterminé on ne peut le prévoir avec précision.

2. Les théorèmes de l'incomplétude. Bien que les affirmations non démontrables, d'un système mathématique soient exactes, nous ne pouvons pas en prouver la cohérence.

3. La théorie du chaos. Nous ne pouvons prévoir l'évolution de l'univers, que nous savons déterminé, du fait de la trop grande complexité du réel.

 

Alors, nous comprendrons que, peut-être, nous sommes une partie d'une œuvre majestueuse, éternelle et immuable dans laquelle une des rares constantes comme le disait Einstein est cette force qui se propage partout à la vitesse de 300 000 km à la seconde.

Alors, puisque c'est elle, laissons-la venir et passer en nous.

Fiat lux : que la lumière soit !

 

TARA - ROXY MUSIC

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commentaires

Michele Brault 24/03/2014 20:32

Superbe conférence. J'ai beaucoup aimé.
Pour moi, la référence aux Cantos, c'était ceux d'Ezra Pound, et non les contes de Chaucer. Comme quoi les portes sont nombreuses sur une telle oeuvre!

Pasacal MARIE-SAINT GERMAIN 17/01/2013 10:41

Bonne idée de mettre ta conférence en ligne cela permettra à ceux qui en ont loupé une partie (suivez mon regard) de se rattraper!

En tous cas bravo.

Notes et Anecdotes

     
"Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage..." François SUREAU: "Le Chemin des Morts"

 

D'un salarié licencié: "Maitre j'ai bien envie de leur mettre un coup de fusil dans les rotules, croyez vous que cela pourra m'handicaper au Prud'hommes..."
"Non, Monsieur, je ne le crois pas, j'en suis sûr."   
   
Citation d'Emile Pollak : Personnellement, je n'ai jamais perdu de procès, mes clients parfois... peut être...

 

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