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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 09:53

Comme je l’ai déjà, ce type d’élections nécessite beaucoup moins de temps qu’on ne le croit à l’origine, mais, accapare, et hélas c’est là le plus souvent que se situe la difficulté, une grande partie de la concentration, qu’en temps normal l’on consacre, de préférence, à ses clients.

On ne peut que difficilement l’imaginer avant de l’avoir vécu, mais tout devient sujet de paranoïa aigue, à tous les instants, « pourquoi untel ne m’a dit bonjour, pourquoi il m’a dit cela, qu’est-ce que cela veut dire… »

A cela s’ajoute les pronostics et autres bruits de couloir  « Machin est bien vu, et remonte dans les faveurs. Mais pourquoi n’as-tu pas été voir tel président d’association. Pas mal ton dernier message, mais il y avait une faute à la troisième ligne du quatrième paragraphe… »

Ne vous leurrez pas, la plupart de ses propos seront tenus par ceux qui sont censés vous soutenir, ou à tout le moins qui le pense.

Se ménager des plages quotidiennes de travail pendant lesquelles, vous ne vous songerez à aucun moment à l’élection vous permettra peut-être, dans les deux à trois mois de la campagne de conserver un ou deux clients.

Les jours d’élections, n’y pensez même pas, et à part aller au cinéma il n’y aura pas grand-chose à faire.

C’est pourquoi d’ailleurs, une belle tradition existe qui est, le premier jour de ces élections qui se déroulent en deux tours, d’organiser avec tous les candidats, un déjeuner.

Celui-ci de par la coutume, doit être organisé par le benjamin des candidats, qui la plupart du temps n’est pas le moins au courant des bonnes adresses proches, ou non d’ailleurs, du Palais.

J’aurais tendance à préférer une bonne adresse près du lieu où, avant la généralisation du vote électronique, on pouvait sentir les confrères se presser dans les grands couloirs pour accéder aux isoloirs, et commenter par la suite les futurs résultats.

Une propagande de dernière minute, animée par des afficionados déchainés, la plupart du temps UJA, battait son plein, et chacun recommandait son candidat à des confrères parfois désemparés qui allaient même parfois, se faire accompagner jusqu’à l’urne dans laquelle ils déposaient un bulletin de vote, que même sous la torture ils auraient bien été en mal de recomposer, ne serait-ce que quelques minutes après…

Tout ceci bien sûr est d’un autre temps et ne croyez pas ce que l’on peut vous dire sur certaines standardistes de gros cabinets qui disposeraient des cartes et codes permettant, d’accéder, pour tous les confrères composant ces cabinets, au sésame électif.

Ce bon temps, évanoui permet d’échapper à quelques mésaventures, qui, dans l’état de paranoïa extrême que j’ai raconté au dernier chapitre, ne permet pas forcément une attente sereine des résultats.

Après avoir passé quelques heures lors de réunion de campagne avec un « Bâtonnierbile » qui ne devait pas d’ailleurs rencontrer le succès, il nous avait été demandé, bien évidemment, de mettre à disposition tous nos contacts et relations.

Entre les deux tours, je me retrouve après avoir voté, selon l’usage ancien pour un candidat, au Palais, à la première heure, devant le tableau des candidats à côté du directeur de campagne du « Bâtonnierbile ».

Arrive une consœur, qui après les politesses d’usages lui demande, si par hasard, un, ou deux candidats pouvaient lui être recommandés.

Je commence de ce fait à me redresser et à prendre mon plus beau masque d’humilité, quand notre bon ami lui glisse le nom d’une autre candidate en danger évident, puisqu’elle devait finir première…

Le pire est que je ne pense toujours pas aujourd’hui qu’il l’a fait à dessein, ou même, qu’il s’en soit rendu compte…

Vous voici donc, rentrant au cabinet l’air détaché de celui qui contrôle la situation, alors qu’en fait vous n’assurez absolument pas.

La longue attente va donc commencer.

Débutons par le Jour 1.

Pas trop de visibilité en fait, même à la sixième fois, du stress un tant soit peu compensé par la sensation d’avoir fait ce qui devait être fait, ou tout du moins le croire…

Résultat attendus pour 19h, deux écoles ?

Celle de ceux qui arrivent dès 18h et qui discutent avec un maximum de personnes qui toutes, quasiment sans exceptions vous verront vainqueur et haut la main en plus, alors qu’à cette heure-là, personne n’en sait fichtrement rien…

Les autres essaieront de retarder le plus possible leur présence, quitte à arriver trop tard…si, si, cela m’est arrivé une fois.

Avant la généralisation du vote électronique, il fallait dépouiller un vote papier qui, bien qu’il ne représentât à la fin que moins de 10% des suffrages, prenait un temps considérable.

Seul le folklore de ce dépouillement pourrait le faire regretter.

Imaginez, les candidats et les confrères réunis dans la salle basse de la bibliothèque, et la quasi-totalité des membres du conseil de l’ordre affectés qui au compte, décompte et recompte, à chaque bureau de vote, qui à la supervision et au contrôle de ces mêmes bureaux, avec parfois un sérieux laissant à désirer.

Ainsi, je m’étais permis une fois de signaler que la consœur chargée du contrôle d’un des bureaux, avait la malencontreuse qualité, en outre d’être…candidate.

Parmi ces confrères en robes, activés à ce dépouillement, circulaient, de table en table, d’autres confrères jetant un œil, puis redescendant illico au premier « mon vieux, dans le collège des honoraires, tu es vachement bien placé »

Puis, plus d’une heure après le début de de décompte, on ouvrait l’urne électronique, ce qui allait permettre de rendre le verdict…

Le bâtonnier officie « mes chers confrères, voici le nombre de votants, de suffrages exprimés, ce qui donne une majorité pour le premier tour de … »

Soyons raisonnables, cette élection au premier tour n’intéresse que les bâtonniers rempilant au Conseil, à la fin de leur mandat, et encore pas tous, et le formidable Jean Yves Le Borgne lors de l’opération vice bâtonnat de Jean Castellain.

Le vulgum pecus, donc moi et vous, attendra patiemment l’égrenage des noms et des scores réalisés en espérant le plus vite possible entendre son nom puisque l’on va en ordre décroissant.

Sous les Ah et le Oh, d’une main tremblante il tentera de marquer les scores de chacun, et d’établir la liste  des éligibles en espérant en être.

Un  peu groggy, quel que soit le résultat, il devra accepter les félicitations ou les mots de réconfort : « Ce n’est pas fini, il y a un deuxième tour… »

Mais si c’est fini, soyez en assurés car à part deux ou trois exceptions, cela ne va quasiment pas bouger au deuxième tour, sauf, pour les deux ou trois derniers sur la liste, et ceux en embuscade.

Soyons clairs, comme souvent, il vaut mieux être chasseurs que chassés, et les deux dernières positions sont très, très en danger.

Cela m’est arrivé à l’avant dernière élection, et je ne le souhaite à personne, car être sorti de la liste au second tour est assez difficile à vivre pendant un temps certain.

Statistiquement les deux derniers pas encore sur la liste ont plus de chance de dépasser les deux derniers de la liste du premier tour dont tout le monde croit, à tort, qu’ils sont déjà élus.

Ces derniers vont se trouver confrontés au phénomène bien connu des reports de voix et autres « ascenseurs » qui seront décrits dans un autre chapitre.

A l’heure d’internet, le premier réflexe à avoir après la promulgation des résultats et de se ruer vers son équipe de campagne, son directeur de campagne, ou enfin quelques amis ou soutiens, pour préparer l’indispensable message de deuxième tour, qui, sobre, mais précis et efficace, devra être envoyé dans la nuit aux quelques 20.000 adresses disponibles.

Soyez en assuré, ce message est indispensable, et pour l’avoir oublié, une excellente amie candidate s’est vu gratifiée, alors qu’elle était dans la liste au premier tour, d’exactement le même nombre de suffrages au second, alors que nos petits camarades en récupérait qui 200 de plus, qui plus de 500 supplémentaires, soit une augmentation de près de 30% pour certains.

Après une nuit forcément agitée, va alors commencer, la ou les deux journées les moins courtes de votre vie.

Quand je dis une ou deux journées, ceci est dû au fait que, s’il s’agit, aussi de l’élection biennale du bâtonnier, du fait de l’instauration récente du débat télévisé, le second tour n’aura pas lieu le lendemain mais le surlendemain.

Certains en profitent pour faire ce que l'on appelle du Phoning, ce dont pour ma part je suis totalement incapable.

Téléphoner à certains des avocats que l'on connaît et plus vraisemblablement à ce que l’on ne connaît pas afin de les inciter de voter pour vous me semble insurmontable.

En fait, ce type de pratique est plutôt utilisé par les candidats qui peuvent se permettre de disposer soient d'une équipe de campagnes, soit de collaborateurs totalement dévoués à leur candidature.

Une autre possibilité, beaucoup plus étrange, mais due à l'application stricte du code électoral, est de travailler sur la liste des votants du premier tour.

Bien évidemment, vous n'aurez pas le vote de ceux ayant effectué leur devoir électoral, mais vous bénéficierez néanmoins de la liste de ceux ayant voté et surtout de ceux ne l'ayant pas fait.

Dans certain gros cabinets, il m'a été rapporté que plusieurs personnes répertoriaient systématiquement, surtout dans les cabinets de même taille, le nom des confrères n'ayant pas voté.

Il s'agissait par la suite de leur téléphoner avec le langage suivant :        « Nous ne sommes pas sans savoir que vous avez bien évidemment voté au premier tour pour notre candidat, et nous vous recommandons de renouveler ce vote au second tour… »

Cette méthode, assez imparable, est bien sûr réservée à ceux pouvant consacrer durant ce jour où ces deux jours de délai, un temps conséquent à éplucher une liste de maintenant près de 24 000 votants potentiels.

Ceci permettra aussi de constater parfois avec effarement que certains de vos proches, soutiens déclarés indéfectibles, n'ont même pas voté.

Une excellente amie, associée dans un gros cabinet s’est ainsi aperçue que certains de ses associés, avait dû oublier de voter le premier jour.

Pour la grande majorité des candidats, vous serez devant votre téléphone à attendre que quelques amis, soutiens, ou peut-être autres candidats avec lesquels vous aurez sympathisé vous appellent, ou vous-même, en désespoir de cause, pourrait être amené à passer deux ou trois coups de fils pour espérer accélérer cette pendule qui, la plupart du temps semble battre la chamade alors que ces jours-là, elle avance au pas du légionnaire.

Vous aurez peut-être aussi la surprise, comme cela a été le cas pour moi, mais pas l'année où j'ai été élu, d'apprendre que vous êtes au centre des discussions et négociations de second tour et des éventuels reports de voix, sans l'avoir véritablement sollicité.

Ainsi le président d'un syndicat reconnu m'avait-il assuré que mon élection était acquise puisque je ne me trouvais pas placé dans la liste de ceux qui ferait l'objet d'une absence de soutien des différents syndicats au second tour… Comme je l'ai indiqué cette année-là je n'ai pas été élu !

Vous pourrez toujours essayer, mais la plupart du temps sans succès, de contacter les autres candidats qui se trouvent avec vous dans le mouchoir de poche de ceux qui pourraient être élus.

Je me rappelle personnellement avoir essayé de contacter l'un de ces camarades qui malgré les 48 heures d’interruption entre les deux tours n'avait pas trouvé le moyen de me rappeler.

Il faut dire que son équipe était particulièrement affairée puisque entre le premier et le second tour et alors que le dernier candidat devait passer à 2600 voix, il bénéficia d'un accroissement du nombre de ceux ayant porté leurs suffrages sur son nom de 800 voix.

Toutes les meilleures choses ont une fin et les moins agréables aussi d'ailleurs ce qui fait que le temps de vous préparer pour vous rendre au palais pour la proclamation des résultats finaux arrive.

Les mêmes confrères que la veille ou l'avant-veille, vous félicitent déjà étant persuadés de votre succès ce qui sera d'autant plus ironique a posteriori si vous n'êtes pas élu.

Quoi qu'il en soit la tension et l'émotion sont palpables, et bien que l'on soit au début du mois de décembre il fait bien chaud sous la robe que vous n'aurez bien évidemment pas oublié de revêtir selon les usages.

Voilà, le Bâtonnier est annoncé, il s'avance et dans une certaine cohue qui néanmoins semble bien organisée le voilà qui s'apprête à promulguer les résultats.

Avant toute chose nous aurons droit au nombre de votants, aux suffrages exprimés, au bulletin nul et au blanc.

Puis, comme lors du premier tour, il sera commencé par le premier élu.

Vous scruterez alors le visage de ceux qui savent déjà puisqu'ils ont été dans le saint des saints de ceux devant valider les résultats et peut-être, un ancien Bâtonnier, par un signe imperceptible de la tête, vous fera comprendre que cette fois-ci ce devrait être la bonne.

Les Oh et les Ah d'un public passionné vont alors ponctuer régulièrement l'annonce du nom de celui qui quelques jours plus tard rejoindra le conseil de l'ordre.

À côté de vous, l'on compte et l'on décompte surtout les places qui restent, et même si, vous ne pouvez avec une certaine empathie, vous empêchez de vous réjouir pour la plupart de ceux dont le nom est annoncé, vous aimeriez bien assez rapidement, entendre prononcer le vôtre.

Voilà, la liste des suffrages de ceux qui n'ont pas eu la chance de l’être vient de se terminer, la salle, progressivement se vide, vous croisez vos compagnons de fortune ou d'infortune, vous vous félicitez, vous vous réconfortez, et en sortant de la bibliothèque, a en fonction du résultat que maintenant tout le monde connaît, vous devrez soit vous dirigez vers la droite en direction du cocktail donné dans la salle des pas perdus soit, rejoindre le bureau du bâtonnier, de l’autre côté du couloir..


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  • : Xavier Chiloux, avocat à la Cour. Candidat au Bâtonnat 2022. 01 84 85 13 40
  • : Ancien membre du Conseil National des Barreaux (2015-2017). Ancien membre du conseil de l'ordre de Paris (2012-2014). Vice-Président de la Cnbf depuis 2011. Candidat au Bâtonnat 2022.
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Notes et Anecdotes

     
"Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage..." François SUREAU: "Le Chemin des Morts"

 

D'un salarié licencié: "Maitre j'ai bien envie de leur mettre un coup de fusil dans les rotules, croyez vous que cela pourra m'handicaper au Prud'hommes..."
"Non, Monsieur, je ne le crois pas, j'en suis sûr."   
   
Citation d'Emile Pollak : Personnellement, je n'ai jamais perdu de procès, mes clients parfois... peut être...

 

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